Témoignage de Mariane, 36 ans, du Cameroun

Ma définition de la violence basée sur le genre c’est qu’il s’agit de toutes violences qui s’exercent sur quelqu’un en raison de son sexe. C’est une violence qui dans la plupart du temps est exercée contre les femmes parce que dans la plus part des sociétés, les femmes sont considérés comme inférieures. Et leur famille, leur entourage, les hommes et pas seulement les hommes, les mères, les grands-mères. En fait la société a tendance à exercer beaucoup de violence vis-à-vis de la femme, à lui retirer la plus part de ses libertés, la plus part de ses droits ; à vouloir lui imposer sa conduite, sa manière d’être, sa manière de s’habiller, ses choix même dans le domaine de la sexualité. En fait la violence basée sur le genre c’est cette forme de violence là. Qui s’exerce sur les femmes pour leur ôter le droit d’avoir des choix. Pour les obliger à suivre ce que la société attend d’elles. Et dans ce cas-là ; les femmes qui ont des rapports sexuels avec d’autres femmes se retrouvent doublement victime parce qu’en tant que femme elles subissent cette violence et le fait d’appartenir à un groupe minoritaire sur le plan sexuel fait en sorte que les violences se retrouvent exacerbées parce que  la société, l’entourage, la famille ne supporte pas cette sexualité sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. 

L’expérience sur la violence je n’en ai pas eu de façon directe du moins très rarement. Il m’est arrivé une seule fois de marcher dans la rue avec mon amie qui était féminine et moi aussi et d’entendre des remarques de certaines personnes qui m’ont d’ailleurs surpris parce que je ne m’y attendais pas. Des personnes qui posaient la question que vous êtes lesbiennes ou quoi ? Et je n’ai pas très bien compris ce qui a pu leur faire croire, leur faire deviner. Et en fait ça été la seule expérience de violence où je me suis sentis questionner d’une manière indécente et où je n’ai pas trouvé quoi répondre.

“La plus part du temps c’est lorsque souvent il m’arrive de me promener avec une fille très masculine alors là les remarques sont très nombreuses.”

Mais c’est quoi ça ? C’est un homme ou c’est une femme? C’est quoi vous êtes des lesbiennes? Et en fait ça se fait comme cela tout le long du chemin et c’est très frustrant et effrayant en même temps parce que parfois je me dis qu’on va finir par ce faire agresser mais heureusement jusqu’à présent on a jamais été victime d’agression physique peut-être parce qu’on ne répond pas non plus et qu’on se contente de passer en faisant semblant de ne rien n’entendre.

Les violences de la part des proches ? Non je n’en ai jamais connu vraiment. En fait, mes proches soupçonnent mon orientation sexuelle et souvent ils en font des sujets pour rire, pour savoir. On me pose des questions quand on me rencontre avec une fille. On dit alors c’est vrai ce qu’on dit à ton sujet ? Toi c’est plutôt les femmes ? Est-ce que tu es lesbienne ? Mais ça ne va jamais très loin. Je ris et leur dit, tout ce qu’il y a à savoir, vous le saurez assez tôt. Et en général ça ne va pas plus loin.

Des violences de la part d’un inconnu ? Oui ce sont ces remarques dans la rue au moment où on s’attend le moins parce qu’il ne s’agit pas seulement de gens masculin.  Il semble que le fait que deux femmes aient l’air d’être heureuses ensemble, ça dérange et les personnes se sentent obligées de réagir, de vous dire des choses, de vous dire est ce que vous êtes lesbiennes ?

“Elles veulent vous mettre mal à l’aise parce que ça les ennuis que deux femmes puissent être heureuses ensemble.”

Combien de fois j’ai été victime de ce type de violence ? Pas beaucoup de fois. Mais néanmoins je pense que le simple fait d’être obligée souvent de dire mon orientation sexuelle pour qu’un homme cesse de me harceler, ça aussi c’est une forme de violence. Parce que je n’ai pas envie de porter ma sexualité sur mon visage! Mais parfois je me suis retrouvée avec certains hommes qui devenaient tellement insistants dans la manière de me faire la cours que j’étais obligée en dernier recours de leur dire que moi je préfère les femmes. J’ai dû le faire aussi avec mes parents pour qu’ils me laissent tranquille, pour qu’on ne me parle pas de mariage parce que je voulais arracher ma liberté. Donc être obligée de dire son orientation sexuelle pour retrouver la paix, pour moi c’est également une forme de violence parce que les hétérosexuels n’ont jamais à dire je suis hétéro, j’aime les hommes, j’aime les femmes, non ils n’ont jamais à le faire. Mais nous on est obligées de le faire en dernier recours et pour moi ça c’est aussi une forme de violence.

En général, j’essaie de désamorcer la violence parce que les gens deviennent agressifs quand ils ont le sentiment qu’on ne sait pas trop ce qu’on veut. Quand ils ont l’impression qu’on est en train de suivre une mauvaise voie, une mauvaise pente et ils veulent nous redresser. Alors moi pour désamorcer cette violence, il faut que je rappelle aux gens que je sais qui je suis, ma vie je la maîtrise parfaitement, je n’ai pas besoin d’aide. Qu’ils me laissent tranquille et qu’ils se contentent de résoudre leur propre problème. Et en général quand on manifeste suffisamment de fermeté, les gens ont tendance à se retenir un peu plus. C’est pourquoi j’ai toujours pensé que la meilleure manière de condamner cette violence-là, c’était de prendre davantage de pouvoir, de se rendre autonome financièrement par exemple pour que les autres n’aient plus rien à dire sur vous et même s’ils ont des choses à penser, ils n’osent pas vous le dire en face parce que vous êtes une personne d’autorité.

“En générale je ne suis pas pour la revendication mais je suis pour l’affirmation de soi.”

Je pense que et c’est ce que j‘ai tendance à faire, je pense que lorsqu’on s’assume, lorsqu’on vit en montrant aux gens qu’on sait ce qu’on fait, qu’on sait où on va, en général ces personnes se sentent diminuer et ils n’osent pas agresser physiquement.

“Nous avons besoin de nous imposer en tant que personne. Pour cela nous avons besoin de toujours donner aux autres le sentiment, la certitude que nous ne sommes pas des personnes perdues, des personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent.”

Mon engagement personnel pour mettre fin à la violence. Il s’agirait de m’impliquer d’avantage dans la vie associative, dans le mouvement identitaire. C’est dans ce mouvement là que j’ai pris conscience qu’il existe milles manières de faire des violences ou de subir des violences. C’est dans ces associations que j’ai compris que parfois exiger d’une personne de changer son apparence pour plaire aux autres, c’est lui faire violence. Et j’ai pris conscience aussi qu’être obliger de dire mon orientation sexuelle pour qu’on me fiche la paix, c’est me faire violence. Et donc mon engagement a été de prendre de plus en plus conscience des violences que j’exerce ou qui sont exercées sur moi et de les réduire au maximum.

Grâce aux associations identitaires, on rencontre d’autres personnes, on partage les expériences des autres, on apprend plus et on devient plus fort. Mon expérience en moi est que nous avons besoin d’être plus soudée pour faire front commun. Tant qu’on est seules, on est faible. Nous avons besoin de nous imposer en tant que personne. Pour cela nous avons besoin de toujours donner aux autres le sentiment, la certitude que nous ne sommes pas des personnes perdues, des personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Mais nous savons très exactement qui nous sommes, nous savons très exactement ce que nous voulons faire de notre vie. Dans la vie associative, en partageant les expériences avec les autres, on apprend des autres et on aide aussi les autres à grandir. Et de cette façon-là nous diminuons entre nous les violences exercées les unes sur les autres du fait qu’elles soient masculines ou féminines. Nous devenons plus conscientes des violences qui sont exercées sur nous et ensemble nous développons des moyens pour les éviter en s’affirmant de plus en plus.

Xonanji